L’engagement volontaire de plus en plus d’acteurs privés et publics dans le développement des énergies vertes à La Réunion s’inscrit dans une stratégie de souveraineté énergétique réunionnaise initiée depuis moins d’une dizaine d’année.
Intéressons nous principalement aux énergies marines; utopie ou réalité?
Avec pas moins de 218 km de côte maritime, La Réunion offre un environnement maritime propice à la production d’énergie à partir des ressources marines.
Il s’agit bien là d’une énergie polymorphe qui peut être produite à partir de techniques et moyens différents :
- l’énergie marémotrice, qui utilise le mouvement de l’eau issu des marées (variation du niveau de la mer et courant des marées)
- l’énergie hydrolienne,qui utilise les courants marins
- l’énergie houlomotrice, qui utilise la puissance des mouvements des vagues
- l’énergie thermique des mers, qui exploite les différences de températures entre les eaux superficielles et les eaux profondes des océans
- l’énergie osmotique, qui utilise le mélange des eaux douces et salées dans les estuaires / à l’embouchure des ravines
- l’énergie de la biomasse marine; qui vise à créer un nouveau carburant dit : alguo carburant
A La Réunion des projets en relation (projet SEA WATT / Projet SWAC / projet DCNS) avec les énergies marines devraient voir le jour d’ici 2012/2013 mais au stade expérimental.
Notre propos ici vise à décrire les diverses méthodes de production et d’exploitation.
L’énergie des vagues (énergie houlomotrice)
L’énergie des vagues est une énergie marine utilisant la puissance du mouvement des vagues.
La faisabilité de son exploitation a été étudiée, en particulier en Angleterre : le système couplé à des dispositifs flottants ou des ballons déplacés par des vagues dans une structure en béton en forme d’entonnoir, produirait de l’électricité.
Le Conseil mondial de l’énergie estime qu’environ 10 % de la demande annuelle mondiale en électricité pourrait être couverte par la production houlomotrice.
Compte tenu du contexte insulaire de La Réunion et du comportement de l’océan Indien, l’exploitation de l’énergie des vagues offre un fort potentiel.
Les principaux défis résident dans la résistance de ces systèmes en mer extrême, leur maintenance et leur contrôle à distance. Selon les experts, le développement de stockage embarqué faciliterait leur exploitation.
A La Réunion, la société SEA WATT (Sea Watt & Corex) étudie la faisabilité d’exploiter une centrale de production d’électricité houlomotrice, à partir de la technologie PELAMIS, de 30 MW au large de Saint-Pierre.
L’énergie marémotrice
L’énergie marémotrice est l’énergie la mieux étudiée et la plus anciennement exploitée.
Certes la filière marémotrice est la plus mature mais aussi l’une des plus contraignante en terme d’impact environnemental et en aménagement coûteux.
L’énergie marémotrice, bien qu’intermittente, présente l’avantage d’être prédictible.
L’énergie Hydrolienne
Une hydrolienne est une turbine sous-marine qui utilise l’énergie cinétique des courants marins ou de cours d’eau, à l’image d’une éolienne qui utilise l’énergie cinétique de l’air.
La turbine de l’hydrolienne permet la transformation de l’énergie hydraulique en énergie mécanique, qui est alors transformée en énergie électrique par un alternateur.
Cette filière présente plusieurs avantages :
• intensité importante
• proximité de la côte : les veines de courant intense apparaissent dans des zones de faibles profondeurs situées à proximité de la côte, ce qui en facilite l’exploitation ;
• direction stable : les courants de marée sont généralement alternatifs, ce qui simplifie le dispositif de captage
• prédictibilité : les courants de marée sont parfaitement prévisibles, puisqu’ils ne dépendent que de la position relative des astres générateurs – Lune et Soleil – et de la topographie locale.
A l’heure actuelle, le coût élevé de l’investissement d’une centrale hydrolienne et le faible tarif d’achat de l’électricité produite peuvent faire reculer les investisseurs.
L’énergie thermique des mers (ETM)
L’énergie thermique des mers (ETM) ou énergie maréthermique est produite à partir de la différence de température entre les eaux superficielles et les eaux profondes des océans.
En raison de la surface qu’ils occupent, les mers et les océans de la Terre se comportent comme un immense capteur pour le rayonnement solaire.
C’est ainsi qu’à la surface, grâce à l’énergie solaire, la température de l’eau est élevée (elle peut dépasser les 25 °C en zone intertropicale) et en profondeur privée du rayonnement solaire, l’eau est froide (en général aux alentours de 2 à 4 °C).
Une installation de type ETM ne peut être installée n’importe sur le globe et doit se situer entre les tropiques du Capricorne et du Cancer afin de bénéficier du différentiel thermique nécessaire à la production énergétique.
L’E.T.M. produit de l’énergie grâce à un fluide de travail (eau de mer ou un autre fluide dont le point de condensation est proche de 4 °C). Ce fluide passe de l’état liquide à l’état vapeur dans l’évaporateur, au contact de l’eau chaude puisée en surface. La pression produite par la vapeur passe dans une turbine afin de produire de l’électricité.
Cette source d’énergie est prédictible et quasi-continue, elle pourrait donc produire l’électricité de base afin de remplacer l’énergie fossile…
La production d’énergie maréthermique ne fait pas intervenir de combustion et ne rejette donc pas de gaz à effet de serre.
Cependant des impacts environnementaux sont à craindre.
Durant le processus de pompage d’eau, de nombreuses espèces vivantes peuvent être entraînées et tuées.
De plus, l’utilisation de chlore est fréquente pour éviter le développement des dépôts marins. Celui-ci endommage l’écosystème. Il y a également à craindre que l’effet cumulatif pour des grosses installations puisse changer à la longue les températures de l’eau de surface (en baisse) et en profondeur (en hausse).
A la Réunion, la DCNS étudie la construction d’une plate forme thermique flottante de 70 mètres de long qui utilise la différence de température – 20° minimum- entre l’eau de surface chaude et celle des profondeurs pour produire de l’électricité.
Le prototype doit rentrer en activité en 2012. Tout est passé en revue : le bruit qui rend les baleines folles, le look Beaubourg que l’on peut masquer par un jeu de miroir. Enjeu gigantesque de 3 milliards d’€ : tous les pays baignés par les mers chaudes sont intéressés… si cela venait à fonctionner.
L’énergie osmotique ou énergie des gradients de salinité
Théoriquement il est possible d’extraire de l’énergie au voisinage des estuaires, aux embouchures des ravines (où l’eau douce des cours d’eau se mélange avec l’eau salée de la mer), en exploitant le phénomène d’osmose : si de l’eau douce et de l’eau salée sont séparées par une membrane semi-perméable, l’eau douce migre à travers la membrane.
Cette filière n’est pas encore mature et les coûts de production sont importants. De plus, sa nécessaire implantation à proximité des côtes (présence à la fois d’eau douce et d’eau salée) en fait une filière délicate à développer.
Biomasse marine
Il s’agit là davantage de produire un « nouveau carburant » appelé : alguo carburant.
Le nombre d’espèces d’algues existant dans le monde est estimé entre 200.000 et un million.
Cette diversité biologique et leur richesse en lipides pourraient permettre de produire des algo-carburants (appelés aussi biocarburants de 3ème génération) en extrayant les sucres et les huiles.
Au stade actuel, l’ensemble des filières d’exploitation des énergies marines est à un stade expérimental et que pour le moment compte tenu des contraintes techniques, financières et environnementales leur avenir n’est pas assuré.


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